6e Rencontres In&Out - le Festival du Film Gay et Lesbien de Nice - Nice Queer Film Festival


Au regard de l’extraordinaire année qui vient de s’écouler, entre le vote du Mariage pour tous et la déferlante de films abordant la question de l’homosexualité sur les écrans français, nous aurions du titrer la 6e édition des Rencontres In&Out «Tout va mieux». Pourtant une petite voix dans nos têtes ne cesse de fredonner un tout autre refrain :

« Je t’aime, moi non plus »

La situation reste en effet dramatique pour les personnes LGBT dans de très nombreux pays et, sans chercher si loin, les agressions et insultes LGBTphobes ne cessent d’augmenter en France. S’assumer, rester soi-même, être accepté par une société qui stigmatise encore la différence, autant de questions qui habitent toujours homosexuel-le-s, bi et trans partout dans le monde.
Nombreux sont ceux qui n’arrivent pas à s’affranchir de ce voile de honte, de solitude et de rejet. Malgré l’évolution des droits, l’homophobie est loin d’avoir déposé les armes, et plusieurs films de notre sélection témoignent de ces violences, dont sont particulièrement victimes les plus jeunes (Free Fall, Aime et fais ce que tu veux, Floating Skyscrapers, Land of storm, L’armée du salut, Little Gay Boy). Une violence dont les personnes séropositives sont aussi la cible (Test, E Agora ? Lembra-me).
Cette année, le renouveau et l’audace artistique sont à chercher côté «courts». La sélection Short en Queer s’étoffe, en effet, de focus autour du travail d’Antony Hickling et Antonio Da Silva, deux réalisateurs à l’esthétique affirmée. Antonio Da Silva s’inscrit aussi pleinement dans la carte blanche qu’offre la section Vue d’ailleurs au Festival Queer Lisboa. L’occasion de découvrir la richesse du cinéma queer portugais, dont la créativité n'a pas été amoindrie par la crise économique.
D’autres thématiques complètent cette très riche sélection 2014 : un hommage à l’humour «Camp»* et à son égérie trans Divine (I’m Divine, Qui a peur de Vagina Wolf), l’exploration des nouveaux territoires sexuels (Gerontophilia, Concussion, Submerges), un regard sur le passé avec deux chefs-d’oeuvre du cinéma queer (Sebastiane, Portrait of Jason) et bien sûr les dernières nouveautés dénichées dans les plus grands festivals mondiaux (Cannes, Berlinale, Chéries Chéris, Pink Screens, Image+Nation).
Comme chaque année, de nombreux invités seront présents durant ces dix jours de festivités. Les réalisateurs Antony Hickling (Little Gay Boy), Antonio Da Silva (shorts focus), João Pedro Rodrigues & João Rui Guerra Da Mata (shorts focus), Tina Fichter (Je suis lesbienne - Montréal), Sebastiano d’Ayala Valva (Les Travestis pleurent aussi, Angel) et Abdellah Taïa (L’Armée du salut) mais aussi l’acteur Manuel Blanc (Little Gay Boy), l’auteur Didier Roth-Bettoni (Sebastiane ou saint Jarman, cinéaste queer et marty), la photographe Randa Mirza et João Ferreira, le Directeur artistique de Queer Lisboa, viendront à la rencontre du public azuréen pour notre plus grand plaisir.
Hors cinéma, In&Out propose deux expositions de photographies qui interrogent le corps (Randa Mirza et Nir Arieli), une lecture qui invite à (re)découvrir les écrits de Monique Wittig, figure majeure du mouvement féministe français et «lesbienne radicale» autoproclamée, ainsi qu’une soirée sur le coming out ébouriffé par Les Urbanocrates (lectures, performances, exposition, projection).
Au-delà des peurs et des violences, art et spectacles s'offrent à tous pour révéler la richesse de nos différences. Bon festival à toutes et tous.

*Camp : style esthétique et culturel lié au mauvais goût teinté d'ironie